21.11.20

Le bout du monde















Ce sera le soir 
non d’un non de deux
ce sera le soir de zéro
lorsque la nouvelle lune
obscur l’a tracé
et que le livre se ferme sur lui-même

Ce sera le soir non d’un non de deux
ce sera le soir de zéro
lorsque la plume tarie la plume cassée
nul ne peut plus écrire un mot
seulement s’embarquer 
sur ce qu’on appelle techniquement
un esquif
pour s’esquiver loin des possibles solidifiés
loin des cubes prêts à s’effondrer en poussière
et pour rejoindre au-delà des îles 
au-delà des continents
la porte qui s’ouvre aux navigateurs heureux

                                        Raymond Queneau  

                                                                        Fendre les flots


6.8.20

Bivouac sur le col.


C'était une belle journée de juillet vers le col de Bostan dans les Alpes du Haut-Giffre.
La chaleur de l'été et les muscles échauffés par les efforts fournis tout au long des montées avaient mis nos corps en besoin de fraîcheur.
Tout là-haut au grand col un chamois broutait quelques herbes. Il sauta de rochers en névés pour rejoindre la harde à l'abri des dangers.
La neige d'un névé frictionnée sur la peau nous procura des frissons de bonheur et détendit nos jambes et nos bras.
La journée finissait, l'heure arrivait de dresser nos tentes sous la menace d'un ciel orageux. Quelques poignées de neige fondue sur les réchauds remplaça l'eau qui commençait à manquer dans nos gourdes.
Nous n'avions plus qu'à écouter l'air filer par-dessus nos abris, reconnaître quelques étoiles et chercher la lueur d'une comète annoncée. Les rires et paroles d'heureux compagnons s'estompèrent lentement.
L'aube arriva puis les premiers rayons de soleil éclairant tout en bas les villages du Val d'Illiez. Le petit-déjeuner pris tranquillement à même le sol, il ne restait plus qu'à gravir le sommet 150 mètres au-dessus du bivouac. Du cairn rehaussé de deux ou trois pierres à l'occasion de notre passage, nous admirions au loin le dôme enneigé du Mont-Blanc et l'arête de ses bosses que j'avais autrefois parcourus par un jour de grand froid. Plus loin le Cervin et sa dent inclinée hantait mon esprit d'un espoir inassouvi.
Il nous reste tant à faire qu'il valait mieux profiter: ce jour et ses beautés me suffisaient. 

18.4.20

Le grand repli


Printemps des mots-dits
Les haïkus confinés
Le Grand Repli
16 mars / 11 mai  2020

  
16 mars

Ciel gris et crachin
Une cour d’école sans un cri
La crainte du vide

17 mars

Un bus dans la rue
Des passagers fantômes
Rictus du chauffeur
...

19 mars

Sirène fugace
Clignotements d’ambulance
Une vie en sursis
...

25 mars

Le cri du corbeau
Sur la ville silencieuse
Et la cloche qui sonne

26 mars

Deux yeux noirs entrevus
Une bouche invisible
Et blanches paroles
...

28 mars

Le vieil homme errant
Seul sur le grand boulevard
Devant ma porte close

(Plagiat) pour nos anciens :

Deçà, delà
Je me souviens
De ces anciens
Pareils aux feuilles mortes
Qui pleurent
Les violons
Des vents de l’automne.

Quand leurs sanglots suffocants
Blessent mon cœur
Blême
D’une langueur qui m’emporte
Les heures sonnent
Et je m’en vais
Monotone
Aux jours longs
Et mauvais.

29 mars

Le souffle du vent
Une page de journal
Personne ne l’arrête
...

2 avril

La danse des mains
Le savon sur ma peau
L’éclat de lumière

3 avril

Dix pas dans la cour
Sous les fleurs du cerisier
Dix pas en retour

Dix pas en retour
Sous les Fleurs du cerisier
Dix pas en encore

Dix pas encore
Sous les fleurs du cerisier
Dix pas à refaire…
...

5 avril

Dormir sous la lune
Et la fraîcheur des étoiles
Sortir chez soi


7 avril

Des poumons qui toussent
Une ministre tout en larmes
Des trains sanitaires

(Il faut) faire signe aux spécialistes :

La ministre attendait l’autobus
Les ministres attendaient l’autobus
Un chien noir qui boitait
Se grattait
La ministre regarde le chien
Qui gratte ses puces
Les ministres regardent le chien
Qui gratte ses puces
Et pendant ce temps là
Passa
L’autobus
Et tous les virus

8 avril

Poumons de Paris
La bataille des virus
Brûle Notre-Cœur

9 avril

Traverse la nuit
La lueur bleue d’un gyrophare
Blues dans la cité
...

12 avril

Du ciel aux campagnes
Le silence bleu infini
Soudain une cloche
...

15 avril

Le cri de la pie
Qui bavarde et jacasse
Sa parade m’escagasse
...

L'intégralité des haïkus à lire dans :
" Le Grand Repli "


26.2.20

Marcheurs écrivains # 10


Jean-Luc Raharimanana dans "Revenir"  (p 76) :

« Marcher implique que l’on oublie la peur de tomber, c’est savoir que la terre serait toujours là, que la chute, s’il y a, ne serait pas de l’ordre de l’abîme. »




Jean Giono :

« Si tu n’arrives pas à penser, marche ; si tu penses trop, marche ; si tu penses mal, marche, marche encore. »



16.2.20

Bivouac marin

" Premier bivouac..." 
Le récit de Jean-François Chandellier:  
"... Il est 16h. Nous sommes onze à avoir répondu présents à cette transversale du CAF organisée par François : la traversée hivernale avec bivouac de la baie du Mont St-Michel.  
Une marche de 7 km à travers le bocage normand nous mène à Roz-sur-Couesnon, au lieu-dit « le corps de garde », sur une éminence culminant à 80m derrière le cimetière (c'est notre record du week-end, le Mont St-Michel lui, culmine à 57m). Le soir tombe et nous installons le bivouac avec un vent bien établi. Chacun sort de son sac ce qui lui servira pour la nuit. François et moi dormons (là je m'avance un peu) sous un tarp. Le tarp ou tarpall, pour ceux qui ne font pas partie du club, c'est une simple bâche supportée par deux bâtons de marche et tendue à l'aide de ficelles et de sardines. Ça vient de l'anglais tar (goudron) et pall (tissu). Le notre aurait certainement gagné à être recouvert de goudron cette nuit-là. Cette transversale ou si l'on veut interdisciplinaire, parce que s'y retrouvent des marcheurs, des grimpeurs, des alpinistes, des randonneurs, des vététistes et ne vous fiez pas à l'accord, il y a aussi des femmes. La condition pour y participer, c'est d'avoir déjà bivouaqué, je n'ai jamais bivouaqué, je suis un néophyte. Tout le monde peut s'en rendre compte dès le premier soir alors que j'essaie vainement de visser mon réchaud sur une cartouche de gaz qui n'est pas compatible. François annonce : « il y a une règle, c'est le néophyte qui fait le compte-rendu du week-end ». Merci François tu es un ami. Quelques nouilles chinoises plus tard, il est 19h, la nuit est tombée, demain debout à 7h, si elle doit être longue, elle a intérêt à être bonne.
On se couche à la lumière des frontales et il se met à pleuvoir. Le vent souffle toujours. Je ne dors pas, j'ai gardé ma polaire, j'ai trop chaud et je n'ai pas encore la technique permettant d'enlever ses vêtements sans sortir du duvet. Il ne doit pas faire assez froid « dehors ». J'écoute le vent souffler et la pluie tomber. Ai-je dormi ? La pluie a cessé, François m'annonce que le tarp s'affaisse et qu'il faut qu'il sorte pour le retendre. Je lui demande s'il a besoin d'un coup de main il me dit que non. Ouf ! Je l'entends s'escrimer, le tarp reprend du volume. La pluie reprend. Ai-je dormi ? Dans le rais de lumière de sa frontale, je vois François suivre du doigt des gouttes qui descendent de la couture du tarp. Ça fuit. Des flaques se sont formées par terre pendant qu'on dormait, on a dormi ? Et maintenant les duvets sont trempés mais ça n'a pas percé. Si, j'ai les pieds mouillés. Il fait presque jour, la pluie a cessé et de chaque abri monte une rumeur. C'est le réveil. A-t-on dormi ? Incroyable le matin vient avec un beau rayon de soleil. On prend son petit déjeuner debout et les commentaires vont bon train sur les avantages et les inconvénients de tel ou tel type de... sinon pour les néophytes il y a aussi l’hôtel ou tout simplement rester chez soi quand le temps est pourri. Je garderai pourtant un excellent souvenir de cette nuit bizarre.
On refait son sac avec la moitié des trucs trempés, on remplit les gourdes au robinet du cimetière et on reprend la route avec Marc qui nous a rejoint depuis Strasbourg pendant la nuit qu'il a terminée dans sa voiture qu'il a laissée au parking (la voiture, pas la nuit), un néophyte ne peut pas tout comprendre. Nous descendons le coteau du corps de garde et traversons les polders de l'enclave du Mont St-Michel (je vous laisse regarder sur Wikipédia). Le Mont apparaît maintenant de plus en plus nettement dans le paysage et grandit à mesure, but ultime de notre quête. C'est l'occasion de bien belles photos et en particulier des photos de groupe. Je note au passage le goût des gens du CAF pour les photos de groupes, c'est un sujet intéressant mais qui mérite un développement qui n'a pas sa place ici. Nous cheminons le long du GR 34, longue digue rectiligne pointée vers le Mont St-Michel et qui sépare les polders des prés salés, vaste lande herbeuse périodiquement recouverte par la marée. C'est marée basse, les étendues sont immenses, la mer s'est retirée si loin qu'on l'oublie et sur cette levée de terre interminable constellée de trous de lapins, je me retrouve dans la forêt des landes quand je descendais vers Compostelle, les arbres et la solitude en moins mais avec cette même sensation de marcher sans avancer, comme en apesanteur. Puis soudain nous voici sur la passerelle du Mont St Michel. Nous croisons quelques touristes emmitouflés qui regardent avec un peu de surprise cette équipe de montagnards de bord de mer qui attendent leur guide, car il faut un guide pour s'aventurer dans la baie du Mont St Michel. Nous avons un peu d'avance sur le rendez-vous alors certains vont se réchauffer en prenant un café, les autres restés dans le courant d'air se minent le moral : « tu montes la tente comment par ce vent ? », « Et l'eau, on va pas faire un bivouac flottant ? » Ils sont prêts à renoncer. « J'avoue que si ça ne tenait qu'à moi... » (c'est le néophyte qui parle). Et puis toujours ce fameux dilemme entre confort et sécurité.
Stéphane Guéno, le guide arrive : « on met les chaussons et on y va ». Nous : « Mais le vent , la pluie ? », lui : « oui, oui, il va pleuvoir et ça va souffler fort, mais ça ne pose pas de problème ». Nous troquons nos chaussures de rando contre les chaussons néoprène – François les avait mentionnés dans la liste du matériel à se procurer comme étant nécessaires – nous revêtons nos capes de pluies et avec de faux air de pingouins nous attaquons la baie. Le mont et son abbaye nous dominent de leur muraille austère et nous les quittons bientôt comme un navire quitte le port. Nous entrons dans un autre univers. 

Nous marchons à la surface d'une mer grise de sable humide, l'horizon est à 360°, le ciel gris se réfléchit dans de grande flaques qui renvoient par instant un rayon de soleil trouant de lourd de nuages. Le vent intense et continu pèse comme une peau à plat sur le sol tantôt glissant, tantôt dur, tantôt souple. Le guide nous arrête « Attention » il saute sur place, le sable rebondit comme un tapis de trampoline, soudain ses pieds s'enfoncent, ses chevilles, « ce sont des sables mouvants, si on est seul et si on panique, on y reste ». L'eau est partout, simple film sous la semelle, elle vient aussi aux chevilles, là un cours d'eau se dessine avec un fort courant, le guide s'avance nous restons sur le bord, il s'enfonce jusqu'à mi-cuisse, choisit le chemin, à son signal nous le suivons dans l'eau jusqu'à mi-corps sans aucune sensation de froid. Le vent souffle et nos capes battent comme des voiles ou des ailes impuissantes, nous devons nous tenir mutuellement pour garder l'équilibre et progresser dans le courant des rivières qui se jettent dans la baie. Le courant accompagne la marée descendante et change le lit à chaque instant. Derrière nous, le « mont Tombe » s'amenuise, devant nous le rocher de Tombelaine, ancienne forteresse occupée par les anglais et aujourd'hui disparue, surplombe le désert trempé où nous progressons laborieusement. Nous escaladons le rocher pour admirer la tombée du jour sur la baie. En contrebas, nous voyons la ligne qu'à laissé sur le sable la marée en se retirant. C'est à gauche de cette ligne que nous planterons notre bivouac pour ne pas risquer la noyade à marée haute. Stéphane nous indique comment creuser le sable et enterrer nos tentes pour éviter que le vent les emporte. La nuit tombe mêlant en une même matière, le ciel, le vent, la pluie, l'eau, le sable. Nous finissons nos travaux d'installation dans un cocon de bruit et de fureur. Les frontales zèbrent la nuit puis chacun rentre chez lui et ne subsistent dans ce désert humide, que quelques coquillages lumineux échoués sur le sable.

Je l'ai dit, une nuit de bruit et de fureur, le vent à 60 km/h fait pénétrer l'eau sous les toiles, dans les duvets, je suis mouillé mais je n'ai pas froid, je suis devenu un poisson, et je dors. Je dors bien. J'aurais pu me lever à 23h pour voir la marée haute pas trop loin des tentes mais j'étais trop crevé. Réveillés un peu avant l'aube, nous profitons d'une accalmie pour ranger le matériel, admirer un magnifique lever du jour dans la baie. En partant, nous laissons derrière nous les excavations de quelques tortues géantes d'une espèce disparue. Stéphane qui est guide depuis 20 ans nous félicite, un bivouac en février, si tôt en saison, pour lui aussi c'est une première. Un bon café partagé au bistrot du Mont St Michel pour se réchauffer et puis deux heures de marche pour retourner aux voitures avec dans la tête un tourbillon d'impressions qui repasse avec plaisir et déjà un peu de nostalgie. Trois heures de route somnolente et à l'arrivée, le cul dans ma voiture sans pouvoir faire un pas de plus. Merci à tous, je me souviendrai longtemps de ce week-end."




 Paroles d'un " spécialiste " : 
Le récit de Jean-Luc Junius: 
" Deux guides, il fallait bien ça pour accompagner nos onze valeureux cafistes, ces deux nuits à la belle étoile dans la baie du mont Saint-Michel. 
François , notre guide spirituel, spécialisé dans le B.U.L (bivouac ultra léger) et le B.O (bivouac original) chargé de nous conduire dans les meilleures conditions au rendez-vous avec notre guide assermenté :
- Stéphane Guéno, guide depuis 20 ans, titulaire de l’attestation préfectorale des guides de la baie.

Un petit parking près de Pontorson nous permet de laisser nos voitures, d’enfiler nos tenues de bivouacoeurs, de comparer nos sacs à dos (as-tu tout bien pesé comme nous l’a conseillé François ?). Après une mise en jambes dans le bocage normand et une grimpette qui nous réchauffe les mollets, nous plantons le bivouac sur un petit promontoire, abrité du vent par des arbres et une petite maison abandonnée.
Bon, ça ne marche pas à tous les coups, le vent et la pluie ayant voulu « participer activement » à ce bivouac…plusieurs tarps et tentes ont été rafraîchis...
Philippe, est-ce la proximité du Mont ? s’est réfugié au milieu de la nuit dans l’église, Marc qui devait nous rejoindre dans la soirée, est gentiment resté dormir dans sa voiture pour ne pas nous réveiller, et moi, qui aime bien l’eau, je ne pensais pas que la marée montait si haut pour taquiner ainsi mon duvet…
Après un petit déjeuner réconfortant, enrichi de délicieux croissants offerts par notre nouveau paroissien, nous plions le campement sous un soleil bienvenu. Notre progression à travers les polders de la baie et le long du GR34 nous offre de magnifiques paysages, occasion de multiples photos, avec en point de mire le mont, si loin, si proche ou l’inverse..
16 heures : Stéphane est ponctuel au rendez-vous et après échange de quelques infos à l’abri d’un porche, nous enfilons nos tenues de bivouac odeurs « insubmersibles »
Direction le rocher de Tombelaine, après avoir contourné le mont Saint Michel, sous l’œil étonné de quelques touristes devant nos accoutrements…
Nous comprenons alors la présence obligatoire d’un guide, tant il faut se faufiler dans ce dédale de sable, de boue collante, de pas trop d’eau mais soudain de rivière à fort courant (célèbre Mascaret) où
surtout ne pas trébucher, main secourable bienvenue.. Stéphane progresse trente mètres devant nous afin de choisir les meilleurs passages et éviter les fameux sables mouvants.
Arrivés enfin au pied du rocher, un petit sentier nous facilite l’ascension de cette ancienne forteresse anglaise, le point de vue sublime donne lieu encore à la prise de multiples photos
Ce n’est pas tout ça, mais il y a un bivouac à préparer…grâce aux précieux conseils de Stéphane, à nos deux pelles et à quelques mains nues, nous enterrons nos tarps, tentes, arrimés soit avec les bâtons de marche soit avec des sacs de sable. Méthode qui s’avérera très efficace face aux bourrasques de vent et à la forte pluie de la nuit à venir, sauf pour une tente qui a voulu jouer le cerf-volant vers les 5 heures du matin !!
23h30 : Marc, François et moi suivons Stéphane à la lueur de nos frontales, il avait proposé la veille d’aller voir la marée haute. Bon elle semble encore loin du campement, mais on perçoit bien le bruit des vagues…un dernier regard vers les lumières du mont Saint Michel et hop on replonge dans nos « terriers ». 
Lever tôt le matin car il faut profiter de la marée basse, rangement rapide et pause en-cas au pied du rocher en attendant les premières lueurs du jour.
Ensuite copié/collé :
Nous comprenons alors la présence obligatoire d’un guide, tant il faut se faufiler dans ce dédale de sable, de boue collante, de pas trop d’eau mais soudain de rivière à fort courant (célèbre Mascaret) où surtout ne pas trébucher, main secourable bienvenue.. Stéphane progresse trente mètres devant nous afin de choisir les meilleurs passages et éviter les fameux sables mouvants… que nous testons quand même sur le bord, sous l’œil vigilant de Stéphane, c’est impressionnant, comme en témoigne la vidéo de Marc jouant au cobaye..
Notre guide nous rend notre liberté au pied du mont Saint Michel comme prévu, et après un copieux petit déjeuner dans le café aux oiseaux « affamés », François prend le relais pour nous reconduire à notre parking de départ, où tout le monde apprécie la dépose des sacs à dos et les vêtements de rechange.
Retour en Touraine avec des images plein les mirettes, à quand le prochain ?
François, à propos du bivouac, écrivait dans le dernier Caf’teur :
«  mon prochain projet, par exemple, c’est un bivouac dans la baie du mont Saint-Michel, qui va allier l’esprit montagne à l’esprit marin, combiné à l’esprit CAF qui est de se faire plaisir »
Je confirme que nous avons bien allié ces deux esprits, avec beaucoup de plaisir et dans une chaleureuse ambiance. (photos à l’appui) on en redemande ! "

11.2.20

Marcheurs écrivains # 9

Antoine de Baecque  dans « Une histoire de la marche » :

 «  La marche est une expérience des sens, de celui qui explore avec ses pieds tous ces sens, jusqu’aux limites possibles, même au-delà des limites : aller au-delà de la douleur et du plaisir, décupler infiniment le pouvoir de la vue, de l’odorat, déployer une tactilité surpuissante. La marche laisse son empreinte sur l’étoffe sensible de l’homme. Ces retrouvailles avec soi-même sont le produit d’une errance au plus loin en compagnie de ses propres jambes. »

« Comme tout marcheur qui réfléchit, puis écrit, en marchant je m’inspire de fait de Rousseau : « Jamais je n’ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi si j’ose dire, que dans les voyages que j’ai faits seul et à pied ». La marche est une incitation au voyage et au partage de ce même voyage, mais également un prolégomènes à l’écriture, telle une sensation du corps indispensable au rythme de la narration. J’écris ainsi en imitant la marche ; je lance la phrase en avant, puis elle retombe et se relève, plus légère, et se repose à nouveau. Elle finira par me conduire quelque part, peut-être pas exactement là où je pensais… »


J.M.G. Le Clézio dans « Désert » (p 56) :

«… C’était déjà le grand voyage vers l’autre côté du désert qui avait commencé, et l’ivresse de la marche le long du chemin de sable était déjà dans leur corps, elle les emplissait déjà du souffle brûlant, elle faisait briller les mirages devant leurs yeux. Personne n’avait oublié la souffrance, la soif, la brûlure terrible du soleil sur les pierres et le sable sans fin, ni l’horizon qui recule toujours. Personne n’avait oublié la faim qui ronge, non seulement la faim des aliments, mais toute la faim, la faim d’espoir et de libération, la faim de tout ce qui manque et creuse le vertige sur le sol, la faim qui pousse en avant dans le nuage de poussière au milieu des troupeaux hébétés, la faim qui fait gravir la pente des collines jusqu’au point où il faut redescendre avec, devant soi, des dizaines, des centaines d’autres collines identiques. »




13.1.20

Marcheurs écrivains # 8

Jean Béliveau dans « L’homme qui marche » :

« Je plains les gens qui courent après le temps, l’argent et les superlatifs. Je souffre de ces « extrême », ces « super », ces « extra » affichés qui souillent le paysage et déforment notre rapport au temps.. J’ai le sentiment de marcher dans un monde de mensonges, au milieu d’êtres mutants. »

« …RIEN, c’est plein de RIEN et RIEN. L’absence existe, je la vois… je ne croise pas âme qui vive. A perte de vue, de la terre, de l’herbe jaunie, des arbustes. Il n’y a rien et pourtant, les terres bordant la route sont protégées par de solides clôtures barbelées, fermées par ders portails scellés de lourds cadenas. Dans les pays dits « développés », ce ne sont plus seulement les biens qu’on protège, mais le concept même de propriété ! Je marche des kilomètres sans trouver un endroit où planter ma tente, et je dois me résoudre à des actes délictueux pour pouvoir user de mon droit fondamental à dormir. Tout le monde s’en moque, de ce droit, dans les pays capitalistes. Il n’existe simplement pas, je l’ai souvent remarqué : il faut payer pour dormir. Si tu ne possèdes rien, le repos te sera interdit ! Symboliquement, cela me paraît d’une violence inouïe. » 


Nicolas Vanier :

« On ne prend pas la route, c’est la route qui vous prend, vous apprend…


(Marcher), c’est un acte de liberté, une démarche plus encore qu’une marche. De celles qui vous permettent d’appréhender un territoire en le caressant physiquement, sans laisser d’autres traces que celles que la pluie effacera et que la mémoire elle seule gardera. Le marcheur comprend le paysage, apprend, aime et protège. » 

1.1.20

Kariem

 

Je suis Kariem, le fuyard soudanais.



J’ai fui les tortionnaires. Alors j’ai traversé la mer.

Calais: la pluie et le ciel gris… 

je pleure en marchant, mon pays, ma famille.

La jungle: 

des tentes serrées, la boue, les racketteurs.

On paie pour partir.

Trentième tentative: un camion anglais. 

Il démarre. Mais pas vers le port. 

On crie mais il roule dans la nuit. 

Je saute, la douleur est violente, je m’évanouis. 

Réveil à l’hôpital.

Maintenant quelqu’un s’occupe de moi, 

je boîte mais je garde l’espoir : 

après tout, je ne suis pas bien, là?