13.6.18

Peyre Arse



Cantal
Vallée de la Santoire
Un gîte accueillant
Fleurs et légumes du jardin
Quelques maisons de basalte
Une chapelle et deux ou trois fermes
Des troupeaux de vaches
Fromages et viandes de Salers
Quelques burons aux pierres massives en attente d’un berger
Le promeneur en profite

Au départ La Courbatière
Un éperon rocheux qu’il faut contourner
Une ligne de crêtes qui s’étirent en longueur
Peyre Arse tout au bout
Un sommet d’Auvergne parmi les plus hauts

Pentes herbeuses d’un vert lumineux
Ciel bleu blanc gris
Un bois touffu de bouleaux
Troncs argentés
Tâches jaunes des genêts sur l’herbe verte des prairies
Des narcisses blancs
Des pensées mauves
Le bleu des myosotis
Le jaune des jonquilles
Les orchidées roses et blanches
Les trèfles et renoncules
Des centaurées des anémones des myrtilles
La montagne est fleurie
L’air est parfumé

Un rapace nous survole
Des chevaux broutent l’herbe
Une barre rocheuse
De grosses pierres enjambées une à une
Enfoncement des pieds entre les buissons
Le chemin disparaît
Un autre nous attend tout en haut sur la crête
Une pente à gravir au milieu des fougères
Torsion des chevilles
Echauffement des orteils
Tension des bras qui repoussent les bâtons
Fléchissements des genoux
Extensions des jambes
Inspirations
Expirations
Le front transpire
Le dos mouille
Un pied glisse une chute s’ensuit
Se relever lentement
Et reprendre la marche
Obstinément

Des nuages s’amoncellent
Ciel noir et gouttes d’eau qui s’écrasent mollement
Puis l’averse qui s’abat
Des grêlons rebondissent
On se couvre en vitesse
On repart sous la nuée
Corps et têtes courbés

Du chemin retrouvé
Quelques rires fusent en éclats
Des paroles se croisent dans le vent
Les névés attendent au bas du sommet
Quelques pas en douceur s’enfoncent en crissant
Ascension d’une pente raidie
De rocs à saisir pour hisser tout son corps
Le sommet est atteint
Le regard se relève des pieds jusqu’aux plaines
Là-bas l’horizon
Des moments d’émotions promesses de souvenirs

L’on descend vers le col
Un pied une jambe souffrent en silence
Une pause pour boire et détendre les muscles
Retrouver la vallée
Désirer un repas
Une douche un sauna
Du bon vin ou une bière

Et le calme de la nuit.

29.4.18

Crimin-Ologie

Cri – mi – in - no – ol - lo – gi


Le crime du mystique en solo cribla
NosVices mignons de loges amies :
Mitres et missels minés par magie!
Mystère des minimes soumis aux orgies!
Missile des prolos sur chrismes lotis
Au giron des cryptes mitées… gifla.

Le script gît et Love le Christ sur mil flots ;
Mil flots col-aux-loques mises et le snob crie ;
Le snob crie, floque et clope les nonnes du clos ;
Les nonnes du clos fol migrent et le script… gît.

Crilo Minogie


CriminOlogie ; définition : 
« dénotation mystérieuse pour allocataires de l’œnologie décriée ».

16.3.18

Puys

Vers les puys inconstants
A l’humeur si changeante
Je reviens aujourd’hui
Pour revivre la joie
Retrouver les envies
De monter vers ces voies
Et toucher la blancheur
De ces monts supérieurs
Allons voir les amis
La neige porte encore
Nos amours et nos sorts

Les crêtes millénaires
Dominent l’infini
De nos plaines misères

Combattons les froidures
Par le feu de nos corps
Grimpons mieux et encore
Vers nos âges futurs






5.2.18

Scène

Un bâtiment moderne
Son dernier étage
Le surplomb sur les toits de la ville
Des baies vitrées
En dégringolades jusqu'au rez-de-chaussée
Léger vertige
Vue filtrée

De longues poutrelles grises
Des vitres disposées en panneaux
Verticalité
Puissance des structures
Puissance des lieux

Un rideau d’acier sur la façade
Gris
De fines mailles
Grises
Comme le ciel sur la ville endormie
Un paysage tramé
Une lumière tamisée
Impressions détournées
Dehors ou dedans ?

Brouillard matinal
Horizons absents
Images hachurées de toits en ardoises
De maisons en tuffeau
Images floutées
De silhouettes informes
D’arbres engloutis
Une volute de fumée
Une présence humaine
Les yeux ignorants
Des lieux alentours

Bruits diffus
Atténués
Assourdis
Apaisés
Quelques véhicules
Quelques pas au dehors
Ronronnement d’un moteur
Le reste – silence

Regards au-dedans
Netteté
Précision
Abolition des obstacles
Un escalier habillé de chromes
Des rambardes transparentes
L’aluminium étincelant
Un plafond de verrières
Des spots lumineux
Lumières intérieures
Regards au-dedans

Trois cartons vides
Posés en vrac
Inutiles
Leurs images de légumes
Disparus ou croqués
Destinées !

Quelques rampes pour nos mains
En lignes obliques
De bas en haut
Du noir et du blanc
Des nuances de gris
Une touche de rouge
Un boîtier-incendie
Un sentiment d’urgence vite oublié
Par l’attente d’un chariot
Dans un coin de palier

Un canapé
Un fauteuil
Disposés en attente
Pour quelques passagers
Inspirés
Des reflets sur les dalles brillantes
Pointillés des picots sur le sol
Aiguisement des pas
Aiguisement des esprits

Une porte d’ascenseur
Glissements de ses portes
Quel étage ?
Acier brossé
Clignotement des voyants
Quelles rencontres ?
Voyages…

Un théâtre en attente des heures à venir
Un théâtre en attente des rêves à venir.

11.1.18

1918 - 2018

La cave 

Les jours blêmes traînaient
Les ennuis s’égrenaient
Jusqu'aux lourds cauchemars
Et grands cris des longs soirs
Une cave utérine
Aux moiteurs palpitantes
D'une main assassine

Fut leur tombe sanglante
  
Les rires sanglotés  
Des bestiales destinées
En glaciales explosions
Finirent sans raison
Chairs brûlées et sangs noirs
S’enfouirent tout au fond
Des fosses et sillons
En soupirs désespoirs
  
Ils ont tué la jeunesse
Déchaîné les ivresses 
Mais les mots du poète
Dépassent la tempête
Ils retombent en pluie
Sur la terre desséchée
Et redonnent une vie
Aux êtres consolés

                                                  Ors… 1918 / 2018

"...Ce livre ne parle pas de héros... Il ne traite pas davantage d’exploits ou de patries, ni de quoi que ce soit concernant la gloire, l'honneur, la puissance, la majesté, la domination, le pouvoir; sauf la guerre. Mon sujet, c’est la guerre et le malheur de la guerre.»
Wilfred Owen

23.12.17

La voie des yacks


Il a gelé. Le jour se lève sur un paysage morainique. La glace qu’il faut transformer en eau, les pierres d’où les corps s’extraient pour se relever : il est temps de descendre et quitter l’univers minéral. Les pieds en équilibre sur les blocs rocheux de toutes tailles transportent les corps et les charges sur les pentes qui mènent aux vallées. Les amas de rocailles diminuent peu à peu. De vagues sentiers commencent à se dessiner, bientôt balisés par quelques pierres. L’eau gronde au fond des à-pic dans lesquels s’écroulent par moments des amas de rocs et de glaces. Prenons garde à ne pas les suivre ! Au loin derrière nous diminue l’horizon des cimes et des neiges foulées les jours précédents. Nous descendons du ciel vers la terre et de nos rêves vers nos itinéraires.

Ils sont là, face à nous : trois yacks perchés sur une butte que nous devons emprunter ; un blond, un fauve, un noir. Nous comprenons qu’ils gardent ce passage, une limite qu’ils ont eux-même atteinte entre le monde végétal qui leur est nécessaire et l’univers minéral d’où nous surgissons. Ils nous observent sévèrement, jaugent nos intentions, avant d’accepter finalement notre retour dans leur monde et celui des hommes. Un sentier s’ouvre maintenant devant nous, menant au premier haut-village de la vallée, Phugaon.


Phugaon
Les torrents qui descendent de la Damodar Himal ont creusé de profonds sillons dans la montagne de blocs et de terres instables.
Sur un promontoire épargné de la violence des flots s’élève la petite cité de Phugaon, cernée par des cimes gigantesques des deux côtés de la vallée. Imaginez la vie dans une cité médiévale du XII ème  siècle ; des drapeaux ornent les portes et fenêtres peintes de vives couleurs. Les maisons s’enchevêtrent les unes par-dessus les autres, formant une communauté soudée par les pierres ; des foyers allumés ça et là s’élèvent des fumées qui s’unissent au-dessus du village pour animer les parois arides qui surplombent les lieux.

De l’autre côté de la rivière, perché sur une autre butte, s’élève un monastère richement décoré ; deux nonnes veillent sur les lieux, pas encore remises de la disparition du dernier rimpoche local, quatre ans auparavant.

Vous êtes à Phu. Votre regard saisit tour à tour la profondeur de la vallée, les détours des chemins poussiéreux où brûlent quelques débris et végétaux, la face striée d’un haut sommet enneigé, le dos courbé des paysannes qui retournent la terre à coups de houx.  C’est jour de corvée : la moitié du village s’occupe de bonne heure à déblayer un chemin encombré de cailloux descendus des pentes surplombantes. L’autre moitié accomplit les tâches quotidiennes, les uns lavant du linge à l’une des rares fontaines, les autres barattant du lait de yack fraîchement tiré.

Nous séjournons pour deux nuits de repos bien mérité après dix jours passés sous la tente ; pas d’eau ni de salle de bain bien sûr ; un simple seau fait l’affaire. Notre « chambre » est séparée des deux autres par une fine cloison de bois ; le plafond est constitué de branches recouvertes de lauzes, la fenêtre obstruée par un morceau de plastique laisse passer la fraîcheur. Mais comme nous l’apprécions cette auberge d’un autre temps, son « Mustang coffee » coupé d’alcool de millet qui réchauffe jusqu’au fond de l’estomac, son Dahl Bath version locale servi en notre honneur, enrichi de morceaux de yacks grillés à la poêle… une bien belle pause dans ce trek au long cours ; une journée villageoise où nous profitons de la vie matinale et des cris joyeux lancés du toit d’une maison à une terrasse en contrebas. Mais le vent et la fraîcheur s’installent en début d’après-midi. Chacun rentre à l’abri d’un foyer et profite des échanges et paroles du jour.


La forêt 


Cèdres de l’Himalaya et asparagus ; sapins et bambous ; odeurs de résines et de miels.
Nous plongeons dans la forêt en suivant la Nar Khola et le vacarme de ses flots. Un diadème de ciel bleu envoie quelques éclats lumineux tout au fond de la sombre vallée. Les eaux et les vents, les hommes et les bêtes défilent en ces lieux mystérieux. Des elfes semblent y vivre qui nous poussent gentiment à rejoindre lentement nos terres tout en bas.

La ville

Au ministère des touristes
Des fonctionnaires
Protocolaires
Récompensent les himalayistes
Opportunisme
Et formalisme
Des échanges de bonnes paroles
Pour une belle farandole
Pittoresque
Et burlesque
Mais de notre grand plaisir
Nous ne saurons nous départir !


21.12.17

Le passage


Regards 


Les yeux tournés vers le haut : nos esprits vagabondent mille mètres au-dessus, parcourant la succession de bosses et de pointes reliées par des crêtes que l’on aimerait tant parcourir…nos objectifs seront plus modestes !





Damodar Kunda
Le givre brille sur les tentes ; l’onglée saisit les doigts ; une petite gangue de glace recouvre les cailloux dans le gué de la rivière… Nous quittons la gorge profonde où nous avons passé la nuit. Il faut pousser fort sur les bâtons pour gravir la pente escarpée ; nos doigts souffrent du froid malgré les gants trop peu épais ; les narines piquent, notre bouche recouverte d’un foulard recherche l’air qui menace nos bronches. Les heures s’étirent sans nous puissions nous éloigner du campement précédent ; ce matin, nous n’avançons pas, nous nous élevons… le temps passe encore pour sortir de cette gorge labyrinthique et retrouver enfin tout là-haut le soleil du midi.
La marche reprend, cadencée par le son des impacts des pieds et bâtons sur le sol dur et aride ; l’après-midi passe à vouloir compenser les heures matinales. Des cimes enneigées émergent ça et là au-dessus des monts délabrés qui nous entourent ; puis apparaît un paysage aux couleurs népalaises : le lac vert, la neige blanche, nos tentes jaunes et quelques petits points rouges qui circulent au bas des pentes.
C’est notre prochain bivouac, notre camp installé pour un repos très mérité.

Présences
Une marmotte observe nos allers et retours jusqu'au seul filet d’eau ; les choucas et grands corbeaux attendent notre départ pour quelques restes à picorer ; un gypaète, seigneur des lieux, nous offre l’une de ses plumes en souvenir de lui ; mais aussi pour nous rappeler que ces lieux ne nous appartiendront jamais.
  

Les moraines
Pose le pied sur un caillou, un petit, un gros, un moyen ; respire !
Pose le pied sur un caillou, un gros, un moyen ; pousse sur tes bâtons ; respire !
Pose le pied sur un caillou, un moyen, un petit… il roule, rattrape-toi, respire !
Pose le pied sur un caillou…


Le passage
Entre tous les sommets de la montagne, quel est le bon passage ? remonter une autre moraine ? redescendre vers une autre ? Se fier à la carte locale, improbable avec ses erreurs et grands manques ? S’engager dans le torrent qui mène aux séracs ?
Finalement les souvenirs d’un porteur népalais déjà passé là sera bien plus… rassurant.


La voie des pénitents


Les grands pénitents blancs alignés face à face tracent une voie qu’il faut suivre. On comprend en la remontant qu’elle nous guide vers l’espace où nos yeux verront et comprendront : la logique de l’enchaînement des sommets qui forment la chaîne montagneuse, le glacier qu’il faudra traverser pour rejoindre le col. Les sentinelles immobiles scintillent sous les rais lumineux et surveillent en silence la procession des aspirants qui avancent vers leur but.




Saribung



Des efforts
Pour mon corps
Mais mon cœur
Est bonheur
Laissons nos rages
En ce passage
Saribung !





15.12.17

Des pas et des mots



Paroles qui s’enfuient dans le vent 
par-dessus les grands cols.
Elles s’en vont au-delà des montagnes porter les espoirs et bonheurs à ceux qui pourront les saisir.

Le chemin escarpé
Mène aux grottes sacrées
Y monter est facile
Descendre difficile
Car mon corps est puni
Mais mon œil est ravi.


Les ammonites millénaires
Enfouies au plus profond des mers
Surgissent tout en haut des montagnes

Charriées par la grande rivière
Elles vont des vallées aux campagnes

Présences 
Une marmotte observe nos allers et retours jusqu'au seul filet d’eau ; les choucas et grands corbeaux attendent notre départ pour quelques restes à picorer. Un gypaète, seigneur des lieux, nous offre l’une de ses plumes en souvenir de lui mais aussi pour nous rappeler que ces lieux ne nous appartiendront jamais.




Des amis marchent ensemble vers le grand col.
Un pas, un souffle, un sourire, un pas, un souffle, une parole.
Des amis marchent ensemble vers le grand col.
Un pas, un souffle, une pause.
Le repas est partagé, un lièvre passe par là, le gypaète surveille, on se repose.
Les amis repartent ensemble vers le grand col.
Un pas, un souffle, un sourire, un pas, un souffle, une parole.
Des amis arrivent ensemble sur le grand col.
Un pas, un souffle et puis une embrassade,
Les mots et les rires s’écoulent en cascades.



Brûlures du soleil sur les pierres et nos corps qui transpirent tout là-haut sous les cimes enneigées. Mais le froid est bien là dès que l’ombre s’installe. 
Une aiguille de glace pend sous un roc ; une goutte s’écoule des narines rougies ; une main glacée se pose sur un front fiévreux. 
Les corps s’avachissent sous la tente protectrice mais nos têtes s'enflamment de ces heures vécues.


12.12.17

Lo Manthang


Longueurs serpentines

Lo Manthang au bout de la journée…
Des couleurs de Dakmar jusqu’aux aux pentes grisées, ravinées, délabrées ;
Des ruisseaux et gorges sculptées jusqu’aux chemins infinis…
La fierté du marcheur est punie ; car il faut que chacun s’abandonne, acceptant de laisser les heures et distances user lentement le corps et l’esprit.
Une partie de notre être l’on délaisse pour atteindre Lo Manthang, patiemment, tranquillement... maintenant.
Lo Manthang, capitale des sables, capitales des vents, capitale du voyage.
Vénérable.




Lo Manthang

Quelques rues construites au fond d’une vallée aride, seulement parcourue par une discrète rivière.
Quelques maisons et monastères construits en pisé et pierres ramassées ici ou là.
Mettez-y pêle-mêle des moines des paysans, des éleveurs, des artistes peintres et encore un peu plus de chèvres, de bovins et de chiens. Ajoutez-y un « roi », même déchu. Plantez-y un maximum de bannières et drapeaux que les vents de poussières agiteront en tous sens.
Répondez aux sourires affichés à chaque porte des maisons ; vous entrez dans la citadelle de Lo Manthang, villes des vents et du soleil.

Ici bat le cœur du Mustang et de ses merveilles.




10.12.17

Gahmi





Deux turquoises brillent au creux de ma main.
Deux yeux d’ébène me transpercent.
Echanges des regards, échanges des mains, échange des instants seront mon trésor le plus cher.





Le col


Sur le col un cheval souffre en silence. Il transpire, souffle, tremble, supplie qu’on lui laisse des instants de repos. Il recule et frémit, montre au cavalier sa faiblesse passagère. Mais l’homme pressé ne songe qu’à sa propre destination ; c’est à l’animal de s’y résoudre, de gré ou de force. Le cheval hennit, exprimant sa soumission ; il temporise et repart dès que ses muscles lui permettent de supporter sa charge et l’altitude des lieux… Quelle sera sa gratification ?






Fées



Le chemin s’élève entre les hautes tours que des fées semblent avoir élevées. Le sentier se resserre et les contourne une à une.
Nous passons, silencieux et respectueux, craignant de déranger l’une de ces magnifiques demoiselles.







Cris

De joyeux cris fusent au milieu de l’immensité de pierres et de sables. Quatre cavalières aux habits de lumière surgissent face à nous ; leurs rires, ponctués de brefs éclats vocaux et du cadencement des sabots nous sortent de notre torpeur et de la monotonie des rocailles qui nous entourent.